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J’ai mis 9 mois à façonner ton petit corps. Nous avons eu 9 mois de connexion fusionnelle indéfinissable. Ton coeur a battu 9 mois à l’intérieur de mon corps et tu as pu mesurer tout l’amour que je te portais déjà en entendant battre mon coeur de l’intérieur.

Et puis 2 ans et demi que nous t’aidons à forger ton caractère bien trempé. Que nous essuyons tes colères mais surtout que nous passons de merveilleux moments à tes côtés. 2 ans et demi que nous découvrons tes goûts, parfois étonnants. Que tu nous bluffes avec tes progrès quotidiens, et que tu nous fais rire avec tes blagues et tes clowneries. 2 ans et demi que je regarde tes cheveux pousser. Que j’aime te faire un carré plongeant parce que cela dégage ta petite nuque. 2 ans et demi que j’aime fourrer mon nez dans ton cou pour sentir ton odeur. Et au sommet de ton crâne aussi. Ton odeur rien qu’à toi.

Et voilà 1 mois que j’ai vécu le pire jour de mon existence. 1 mois que j’ai peur. 1 mois que l’on se questionne, mais qu’on prend avec optimisme la moindre petite victoire. 1 mois  que notre quotidien est devenu l’hôpital. 1 mois que l’on te confie aux infirmières la nuit. Que je ne peux plus aller embrasser ton front avant d’aller me coucher. 1 mois que tu es enfermée dans une chambre aseptisée. 1 mois que l’on se demande pourquoi toi, pourquoi nous. Qu’on se dit qu’au final ça n’arrive pas qu’aux autres. 1 mois que j’ai l’impression de vivre un film. Un mauvais téléfilm d’M6 qui se termine bien. 1 mois que l’on se désinfecte les mains toutes les 5 minutes. Que tu nous vois uniquement avec une charlotte, un masque et des blouses bleues. Que tu as un cathéter qui t’injecte des produits toute la journée et qui te fait mal.

Voilà 1 mois que l’on t’a diagnostiqué une leucémie aigüe myéloblastique. 6 à 8 mois de traitement pour 70 à 80 % de guérison.

 

J’ai d’abord voulu tout stopper. Etre à tes côtés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ne pas manger, ne pas aller au toilettes, ne pas me doucher, dormir tout près de toi. Dommage, le personnel hospitalier nous a interdit tout ça : « Il faut vous ménager, vous devez être équilibré pour sa guérison, vous devez vivre. Rentrer chez vous régulièrement, recharger les batteries ».

Et puis, j’ai eu besoin d’écrire. Et surtout, de continuer à faire des photos, pour retranscrire mes émotions à ma façon. La peur, l’espoir, l’envie de vivre, le besoin de concrétiser des projets, la fierté de te voir te battre, la joie d’entendre tes rires …

J’ai voulu créer un blog spécifique pour écrire et montrer tout ça. Ma thérapie. Mais en fait, ta maladie n’est pas à part de nos vies. Elle n’est pas ta vie, nos vies. Elle fait simplement partie de nos vies, pour une petite période comparé à toute une vie. Alors, mes photos et mes mots sur ta maladie feront partie de mon blog, tout simplement.

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