C’est drôle, la vie. Tu essaies d’avoir un enfant, pour fonder une famille avec l’homme qui partage tes jours. Et puis, pouf, ça marche presque tout de suite ! Et puis, c’est moins drôle, tu tombes dans le pourcentage de fausses couches précoces. Ouf, tu ne l’as dit à personne, tu gardes ta peine pour toi, de toute façon la gynéco a dit que c’est pas grave, ça arrive souvent, c’est comme ça, on sait pas pourquoi. Pas besoin de te plaindre, c’est pas comme si tu l’avais senti bouger hein, c’est pas comme s’il existait déjà ce bébé. C’est drôle, ce que les gens disent.

Mais, c’est drôle la vie, ça continue.

Ça met plus de temps mais tu tombes enceinte à nouveau. C’est drôle, mais avant de faire le test tu le sais déjà, tu as senti un truc bizarre au fond de toi. Et puis c’est drôle, mais tout ne se passe pas comme tu l’avais prévu. Mais tu avances, tu continues vers le plus grand bonheur de ta vie. C’est drôle, mais tu te sens déjà maman avant de l’annoncer à tous tes proches, déguisée en Mia Wallas pour la fête de tes 25 ans.

C’est drôle, toi qui voulais toujours un garçon mais qui sens que ce seras une fille. Et c’est drôle que tu pleures parce que tu aurais tellement voulu avoir un garçon en premier. C’est drôle de pas vouloir une fille en premier, pour pas qu’elle soit la grande soeur responsable qui s’occupe de tout. T’aurais voulu avoir une fille qui a un grand frère. Mais c’est drôle, y a des choses qu’on choisit pas dans la vie. Et puis c’est drôle, tu te fais vite à l’idée d’avoir une fille. Et tant qu’elle a la santé …

C’est drôle, ce sentiment qui t’envahit quand les gens disent qu’ils ont hâte de rencontrer ta fille. Comme s’ils allaient te la prendre. Comme s’ils allaient pouvoir l’aimer aussi fort que toi. Ils sont vraiment drôles, les gens. Et toi t’es drôle, à être si possessive.

C’est drôle, de te dire que tu vas réussir à accoucher sans péridurale. Mais c’est moins drôle de pas y arriver parce que t’as été déclenchée sous perf.

C’est drôle, comme l’amour arrive en trombe quand tu sens sa peau sur la tienne, quand tu sens son odeur, quand tu peux caresser ses petits cheveux tout neufs, découvrir ses 10 doigts aux ongles longs. C’est drôle, comme le temps est suspendu. Comme ce moment reste gravé. C’est drôle, de penser que rien de moche ne pourra plus arriver.

C’est drôle comme on est capable d’aimer autant. De ne pas pouvoir se détacher d’un petit être. D’avoir autant mal quand quelqu’un d’autre le prend dans ses bras. C’est drôle de pleurer sans pouvoir s’arrêter alors que tout le bonheur du monde vient de te tomber dessus.

C’est tellement drôle de voir comme tu changes avec un bébé qui grandit de jour en jour. Drôle de voir que tu réussis tant bien que mal à adopter d’éducation que tu souhaites pour ta fille. Drôle d’être autant gaga devant ses progrès quotidiens, drôle de ressentir autant de fierté.

C’est drôle la vie.

C’est drôle comme tout va bien, et comme d’une seconde à l’autre, tout tourne mal. C’est pas drôle d’entendre le pire. Mais c’est drôle la façon dont tu es capable de réagir. De relever la tête aussi vite. De te découvrir forte et vide de larmes quand il le faut. C’est drôle de ressentir une fierté différente pour ton enfant qui malgré lui, devient un warrior. Drôle de devoir lui expliquer des choses aussi moches. C’est drôle qu’à 2 ans et demi, ton enfant te dise « moi je suis forte et courageuse, tu sais c’est parce que je suis malade ». Et c’est drôle de lui répondre que tu sais qu’elle est forte et courageuse de se battre contre sa maladie, que tu es fière d’elle et que tu l’aimes.

C’est drôle comme tu penses pas à tout ça avant d’y être confrontée. C’est pas drôle, mais tu t’es déjà imaginée quand elle dessinait à l’hôpital, que ce serait peut-être son dernier dessin. Et c’est drôle comme tu as vite écarté ça de ta tête. Comme si c’était vital de pas penser à ça. Comme si ne pas y penser éloignait la possibilité que ça n’arrive. 30 %. C’est drôle comme les statistiques tiennent une place importante dans nos cerveaux conditionnés. C’est drôle que tu te rendes compte que tu as un putain d’instinct et de sixième sens, et c’est drôle comme tu arrives à l’écouter, le suivre. C’est drôle, mais tu sais qu’au fond de toi tu savais qu’il y avait un truc qui clochait. Et t’espérais que non. C’est drôle comme t’as tout de suite su ce qu’on allait t’annoncer.

C’est drôle, cette vie. Ces épreuves qui te construisent, et qui vont t’aider à construire une vie parfaite à ta fille.

3 Replies to “C’est drôle, la vie.”

  1. A propos de ce premier bébé parti très tôt, j’ai rencontré un nombre incalculable de femmes en peine qui ne pouvaient le partager avec personne sans qu’on leur dise «c’était pas vraiment un bébé, ça arrive, t’en auras d’autres, t’es jeune ça va aller, c’est qu’il n’était pas viable, c’est pas la fin du monde, c’est pas comme si tu l’avais senti bouger, c’est pas comme si tu l’avais vu naître». Et face à ça ma maman, qui en a perdu cinq et qui leur disait «vous avez le droit d’avoir de la peine, oui on se sent maman de ces enfants quand même, oui on le ressent comme une injustice, oui on n’oublie jamais ces enfants non plus». Et ma mère avait perdu un frère de quatre ans. Et ma mère a failli perdre ma petite soeur de neuf mois. C’est drôle de dire «perdre» alors qu’on n’y peut rien et que ce sont plutôt des vies qui nous sont enlevées, volées… C’est drôle comme les gens veulent soit régler nos problèmes soit les nier pour ne plus avoir à entendre notre peine. Alors moi j’ai fait le pari d’accueillir la souffrance de mes proches sans la rejeter, pour qu’ils se sentent mieux accompagnés. Parce que dire sa douleur fait partie du processus qui permet de reprendre des forces pour continuer à vivre. Pour continuer à se battre pour vivre. Parce que si on ne la sort pas parce qu’elle n’est pas accueillie, notre peine peut être encore plus compliquée à gérer. Or, je pense qu’on est sur terre pour être en relation les uns avec les autres, apprendre à s’accueillir et à s’aimer pour vivre ensemble. Alors tout ce qui permet la rencontre, je ne veux pas le rejeter. Parce que ce qu’on craint dans la rencontre c’est d’être blessé encore plus. Alors je veux faire attention quand j’accueille les mots des autres à ne pas les blesser encore plus. Parce que la vie nous blesse déjà assez comme ça. Et j’espère que ce commentaire n’a pas blessé. J’espère même qu’il a soutenu et encouragé à son humble mesure. ❤

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! Pour ton commentaire, tes mots, ta façon de voir les choses ! On n’a pas forcément besoin qu’on nous dise quelque chose, mais c’est vrai qu’on a toujours besoin que quelqu’un soit « juste là » à accueillir notre peine comme tu dis.
      De toute façon, c’est comme pour tout, on ne peut pas comprendre la peine de quelqu’un tant qu’on n’a pas vécu la même chose … on ne peut pas s’imaginer qu’une femme soit envahie par la peine quand elle perd un « embryon ».
      Encore merci ❤️

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