Ca fait partie de la vie

C’était pas prévu tout ça.

L’année 2017 devait être une année de folie, après une 2016 assez naze.

J’ai commencé un 365, pour me motiver à immortaliser un moment chaque jour. Un beau moment, un moment routinier, un moment moins bien, un regard, un sourire, une énième tasse de café … Un entraînement au quotidien, ce 365 ! Un petit challenge, qui mettait en valeur des tranches de vie.

Tu sais la suite. Les urgences, les doutes, l’hélico, la ponction, le diagnostic. A ce moment, j’ai cru que ma vie allait s’arrêter. J’ai dit « j’arrête tout ». Je voulais passer chaque instant à tes côtés. Je me rappelle d’un bref instant, où le lendemain du diagnostic tu dessinais. Je t’ai regardée. J’ai noté la date sur le dessin, comme d’habitude. Et j’ai pensé « c’est peut-être le dernier ». J’ai parfois honte d’avoir pensé ça. J’y repense souvent. Bien sûr que pour moi, ce n’était pas la fin. On allait se battre avec toi, on n’allait pas abandonner. Mais c’est comme si ma tête essayait de se préparer au pire, c’est comme si elle me disait « profite de ce moment là, y en aura peut-être pas d’autres ».  J’ai gardé le dessin. Comme tous les autres. Tu es partie au bloc peu après, pour la pose du cathéter, ta première dose de chimio, une deuxième ponction de moelle.

Le soir, je suis rentrée chez moi. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sur le trajet. Je suis entrée dans un appartement vide. Mon chat commençait à se taper une déprime tout seul. Il avait bouffé le paquet de mouchoirs en papier qui trainait sur la table basse. J’ai dû préparer ma valise. Je ne savais pas quoi emmener comme affaires.

Ça habille quoi, la maman d’une cancéreuse ?

Est-ce que mes fringues sont appropriées ? Je prends mon liseur ? Mon maquillage ? J’aurai l’occasion de me mettre mes crèmes ? Je me suis posée 10 000 questions. Je me suis refait le film depuis le départ aux urgences, j’accusais le coup.

J’ai mangé un kebab. Le seul truc solide depuis 48h. Le meilleur kebab de ma vie. Le pire aussi. Je sais pas en fait.

Je n’avais pas pris de photo depuis le dimanche. On était mercredi soir. Dans ma tête, j’arrêtais tout, la photo en faisait partie. Je ne faisais pas la formation à laquelle je m’étais inscrite pour professionnaliser mon activité photo. Je perdais ma place au sein de mon équipe de travail. Je dénonçais le bail de mon appartement pour retourner chez ma maman. Je n’achetais pas l’appart pour lequel je venais de signer un compromis.

Et puis, il y a une personne qui m’a dit que je devais continuer mon 365. (Merci) D’abord, j’ai pensé que ce n’était pas possible. Je ne peux pas prendre de belles photos tous les jours, une tasse de café ça va une ou deux fois, les fleurs aussi, j’ai envie de varier. Ma fille ? Avec ses coquards ? Ses machines accrochées à elles ? Son lit d’hôpital, ses cheveux qui vont tomber ? Sérieusement …

Sérieusement. Je me suis dit « je tente, au pire, j’arrête ». Et puis … Ton papa m’a demandé ce que je faisais la première fois que j’ai désinfecté mon appareil pour l’emmener dans la chambre. J’avais pris le monito en photo et il m’a demandé pourquoi je prenais des trucs morbides. Je ne sais plus ce que j’ai dit. Je t’ai photographié toi. Tu avais encore tes cheveux. Des coquards, un masque à oxygène. Mais le sourire.

Les photos des premiers jours sont tristes. Vraiment. Elles me trouent le bide à chaque fois que je retombe dessus. Je te revois au plus bas. Je replonge dans l’état d’esprit dans lequel j’étais. Je revois les doutes, l’incompréhension, la rage, le désespoir.

Mais ça fait partie de l’histoire. Pas vrai ?

Au fur et à mesure, j’ai réussi à capter des moments heureux dans cet univers grave et aseptisé. Souvent grâce à toi et ta force. J’ai continué à immortaliser des moments du quotidien. Des petits bonheurs, des poses méritées, des sourires volés. A l’hôpital mais aussi (et surtout !) en dehors. Parce que la vie, ce n’est pas l’hôpital. La vie, ce n’est pas la maladie. Ce n’est pas le cancer, la leucémie. Ça en fait partie, mais ça ne s’arrête pas là.

Cette épreuve nous a permis d’apprécier chaque instant. D’oser. De faire le choix de vivre pleinement, d’aimer, de rire vraiment de tout. De faire ce qu’on aime. Je t’aime toi, et malgré tout, j’aime la vie qu’on a. Parce qu’on sait qu’elle est précieuse. Parce que personne ne peut s’aimer aussi fort que nous. Parce qu’on fera toujours ce qui est important à nos yeux, ce qui nous donne envie d’avancer, ce qui nous plait. On sait qu’on est capables de sortir de notre zone de confort. Ce sont les défis qu’on relève qui font ce que nous sommes.

Je continuerai d’immortaliser nos instants. Car ils sont précieux. Et si je peux, par mes photos, montrer aux autres que la vie est ce qu’elle est, mais qu’elle est belle, si je peux immortaliser les instants précieux des autres, si je peux graver des moments, faire ressortir la beauté d’un sourire, retranscrire une ambiance, alors je crois que ma mission est réussie.

Publié dans: LAM

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