Re-naissance

T’étais dans mon ventre. T’as pas voulu trop te montrer aux échos, mais apparement tu avais tous tes membres. Et même des cheveux, déjà. Ta clarté nuquale et tes marqueurs sériques, puisqu’on vérifie ça, étaient bons. Tes courbes aussi.

T’es née. T’étais dans les courbes. T’étais tout le temps dans nos bras. T’as commencé à sortir tes dents. T’as fait ta première bronchite.

T’as grandi. T’as marché très vite. T’étais toujours dans les courbes. Tu continuais tes bronchites.

T’as commencé à avoir des maux de tête. T’as pas réussi à te défaire d’une bronchite. La suite on la connaît.
On a tous peur quand on commence l’aventure d’être parent. Peur de pas pouvoir devenir parent. Peur que le bébé ne s’accroche pas. Peur que l’enfant ne soit pas comme tout le monde. Peur qu’il décide de s’en aller avant de découvrir le monde. Peur qu’il lui manque quelque chose.

Ensuite quand on devient parent, on a peur de pas y arriver. Peur que bébé ne mange pas suffisamment. Peur qu’il ne fasse pas ses nuits. Peur de la mort subite du nourrisson. Peur que l’adaptation à la crèche se passe mal. Peur qu’il se blesse en apprenant à marcher. On a peur qu’il grandisse trop vite. Peur de pas profiter assez. Peur d’oublier …

Quand bébé grandit, on n’a pas peur d’une maladie mortelle. On se dit que la mort, on en aura peur quand nos enfants passeront leur permis, qu’on dormira pas quand ils sortiront les premières fois avec le A au cul.

Le cancer ça arrive qu’aux autres. On n’y pense pas. Parfois on est touché quand on découvre l’histoire d’un enfant malade, mais on ne pense jamais que ça nous arrivera.

Et puis un jour ça arrive.

Alors on se bat. On est présent. On vit dans un monde parallèle. Mais on s’en sort. On accompagne. Jusqu’au mot rémission.

Et on re-naît. On re-commence. On re-découvre les nuits où on n’a pas envie de lâcher son bébé. On espère que son enfant s’endorme seul dans son lit. On le rassure. On se rassure. On re-met une solution hydro-alcoolique dans son sac à main. On a de nouveau peur des microbes. On est de nouveau à la maison, en congé pour son enfant. Et on se sent un peu seul parce que « les gens normaux travaillent ». On a le temps de rien, on a l’impression. On court les hôpitaux. La pharmacie. On fait la chasse aux microbes. On n’arrive plus à parler d’autre chose que de son bébé. On est dans notre monde. On se demande comment c’était avant. Comment on faisait. On a peur de re-prendre une vie normale. Peur de l’école. Du périscolaire. Du travail.
C’est bizarre, mais après tout ça l’hôpital tient une place importante. Ça ne manque bien sûr pas mais on se dit « et maintenant, on fait quoi ? ». Bien sûr on vit ! On profite ! On aime ! On s’en fout des trucs pas importants ! On ne se prend plus la tête !

Mais quand même. On fait quoi maintenant ?

Publié dans: LAM

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