Grandi trop vite

J’ai toujours un pincement au coeur quand je retombe sur des photos d’avant.

Il y a toujours le mot « innocence » qui vient me fouetter le visage. Il y a ses cheveux de bébé qui sautent aux yeux, et son langage et sa voix de bébé qui résonnent dans ma tête.

Bien sûr, elle est là. En vie, et encore plus forte qu’avant. Mais elle a grandi trop vite. Pendant 7 mois je n’ai pas fait attention à son évolution, ses progrès. J’étais trop occupée avec ses bilans sanguins, son poids à surveiller, l’attente des résultats des ponctions de moelle.

J’ai perdu mon bébé. La maladie m’a volé mon bébé, et la chimio m’a rendu une petite fille. Une petite fille extraordinaire, avec un caractère bien trempé, une volonté de fer, une curiosité extrême et une réflexion trop poussée pour son âge.

On a loupé des étapes. On a vécu hôpital, et pas enfance. J’ai parlé de ma fille comme d’une enfant malade. Pas comme d’une enfant lambda qui va à la crèche, fait des colères et se réveille trop souvent la nuit. La nuit, pendant 7 mois, je savais pas si elle se réveillait. Je n’avais pas le droit de dormir à ses côtés, je n’avais pas le droit de l’entendre respirer, pas le droit de sentir l’odeur de son petit cou et la chaleur de son petit corps.

Aujourd’hui quand on me demande si ma fille va bien, on pense à la leucémie, à la rémission, à l’hôpital toutes les semaines, au risque de rechute, au poids gagné depuis la sonde, à la chimio qui s’en va doucement de son corps, à sa moelle qui redémarre doucement mais sûrement. On ne parle pas de la rentrée qu’elle n’a pas encore faite et de ses copains qu’elle n’a pas encore. On ne parle pas de la baby gym et on ne parle pas des biberons qu’elle ne boit plus depuis longtemps.  On parle de ses cheveux qui poussent, pas de ses jolies couettes, tresses et barrettes.

J’aurais aimé que ma fille de 3 ans n’ait pas autant de vocabulaire qu’un enfant de 6 ans, après avoir passé 7 mois enfermée dans une chambre à côtoyer uniquement des adultes. Qu’elle ne sache pas ce que c’est une pétéchie et qu’elle n’ait pas à rétorquer « je suis PAS un garçon ! » aux gens dans les magasins qui lui disent « oh le petit bonhomme ! » parce qu’ils voient un enfant avec des cheveux courts. J’aurais aimé qu’elle soit encore mon bébé qui fait des colères parce qu’elle n’a pas le droit de manger quelque chose. Pas une petite fille posée qui sait qu’elle n’a pas le droit de manger certaines choses car cela pourrait la rendre malade. J’aurais aimé qu’elle puisse manger la saucisse que la dame de la charcuterie lui propose au magasin. J’aurais aimé qu’elle ne connaisse pas les piqûres dans le dos parce que « ça fait mal maman les piqûres, moi j’aime pas ça quand les infirmières elles me tiennent ».

J’aurais aimé qu’elle reste mon petit bébé encore un peu.

Publié dans: LAM

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