J’avais plus envie d’écrire. Pour dire quoi ? Toujours la même chose, au fond. C’est pas juste, pourquoi, tu me manques, j’ai mal, j’ai peur. A quoi bon ?

Mais cet anniversaire, il me fait réfléchir. J’ai revécu chaque minute depuis le 3 avril. L’appel aux urgences, les urgences, l’annonce du transfert, les questions, les non réponses, l’hélicoptère, l’arrivée, la première ponction, le diagnostic, les pleurs, les envies de mourir, les examens, la première nuit, le départ au bloc, la découverte du sur-protégé, le cathéter. J’ai repensé à chaque question. A la question qui revient sans cesse ; « pourquoi ? ». A l’absence de réponse.

A la résignation.

Ma fille est malade. Je ne peux pas l’accepter, non, aucune mère ne peut accepter la maladie de son enfant. Je ne peux que m’y résigner. Et en faire une force. Oui, ma fille est malade. Mais elle vit. Elle se bat. Même très bien.

Ma fille, cette année, je l’aurais vue 3 mois et 3 semaines en dehors d’un hôpital. Plus jamais sans tuyau qui sort de son corps. Quasiment jamais sans cheveux, parfois même sans cils et sourcils. Mais elle est là. À mes côtés. Notre force, c’est nous. C’est notre duo.

J’aurais pu crever. S’il n’avait pas fallu être là pour elle, j’aurais laissé aller la voiture, je me serais jetée contre un mur. Je suis restée. Il fallait. Fallait qu’elle se batte, fallait qu’elle sache pourquoi. Fallait qu’on fasse ensemble ce marathon des émotions.

Ensemble. Parce que ma fille, c’était déjà mon tout avant. Depuis toujours. J’ai su dès les premiers jours qu’elle était là. Quand elle est née, c’était mon bijou. C’est devenue ma partenaire. Ma mini. Ma source de tendresse, mon (unique) côté tactile.

La leucémie, elle m’a donné une raison de plus de profiter. De devenir complice avec ma fille. De l’aimer du plus profond de mon cœur. De faire comme je l’entends avec elle. D’être en retard. De fonctionner à l’envie. D’accepter plus de choses. De laisser aller d’autres choses. De s’énerver, toujours, mais se calmer, plus vite.

La leucémie, elle m’a aussi permis de relativiser. C’est pas que c’est pas grave, c’est qu’il y a plus grave. Ta voiture est en panne ? Fais la réparer. Tes travaux prennent du retard ? C’est pas si grave, y a le temps… T’as des factures que tu peux pas payer ? Attends le rappel. T’as trop de retard dans ton linge sale ? Tu dois bien trouver quelque chose à mettre en fouillant dans ton armoire. On parle sur toi ? Laisse parler.

La leucémie, elle m’a demandé « Des projets ? T’es sûre ? » Je lui ai répondu « Oui. Dans ta gueule. » Bon, j’ai fait moins la maline un peu plus tard mais j’ai dit « ok je prendrai juste un peu de retard mais je lâche rien, sale pute ». J’ai appris la patience. Qu’on peut faire des projets en prenant le temps. Que malgré une vie compliquée on y arrive, et qu’on est sûrement encore + fier de son parcours. J’ai appris à photographier une période de vie moche. J’ai appris que si les gens veulent t’aider, ce n’est pas de la fierté que de ne pas accepter. J’ai appris que si les gens sont à tes côtés malgré tout, c’est qu’ils en ont envie. J’ai appris que s’ils disparaissent, c’est qu’ils n’en valent pas la peine. J’ai appris qu’il fallait aller voir les gens qu’on aime tant qu’ils sont là. Et leur dire qu’on les aime.

J’aime bien l’insulter la leucémie. Elle nous en a fait des coups de pute, cette pute. Mais malgré ça, pour tout ça, merci la leucémie.

3 Replies to “Merci la leucémie”

  1. Mon dieu, tes mots m’ont mise en larmes… Nous ne nous connaissons pas, mais je suis une jeune maman du côté de la vie, comme toi, et mon empathie pour son combat, votre combat, st immense. Tu es une mère debout, ta fille est debout face à cette leucémie et ça, elle te le doit… Bravo, courage, tout ça…

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  2. Tu peux être fière de toi et surtout fière de ta fille qui aura dès son plus jeune âge appris à se battre jusqu’au bout, à se battre malgré tout, en même temps que vous aussi vous vous serez battus jusqu’au bout, vous aussi vous vous serez battus malgré tout, parce qu’elle est la chaire de votre chair, et qu’elle vous est plus que chère. Dans quelques temps, quand tout ira mieux, vous regarderez tout ce temps de galère de très loin, et vous serez simplement toujours plus reconnaissants de chaque jour que la vie vous donne, que la vie lui donne. C’est là tout ce que je vous souhaite, même si l’on ne se connaît pas…

    Aimé par 1 personne

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