J’ai rasé

Il y a un an, je me suis réveillée avec le crâne rasé. Mon premier geste a été de caresser ces petits cheveux pour être bien sûre de ce que j’avais fait la veille, dans la salle de bain de la chambre de la Maison Mac Do avec le papa d’Andréa.

Une tondeuse, un élastique et des ciseaux de couteau Suisse, et je me défaisais de mes cheveux teints en noir aux pointes grises.

Andréa en avait besoin pour se sentir accompagnée. Tous les jours depuis qu’elle avait été rasée elle essayait de voir sous la charlotte si les cheveux y étaient encore.

Ce matin là, j’ai pris ma douche et ai découvert que c’est bien pratique de n’avoir que 7mm de cheveux. Et puis, je n’ai pas su quoi habiller. On met quoi quand on a le crâne rasé pour pas se faire remarquer ?

Haha, rien, tu passeras plus inaperçue ma vieille.

Et puis je suis montée au service. Je l’ai traversé à une vitesse folle. Je n’avais pas envie qu’on me voit. Qu’on pense que je voulais me faire remarquer, qu’on croit que j’avais besoin d’un psy. Je voulais retrouver ma fille et lui montrer que oui, je l’accompagnais.

Je me souviendrais toujours de son sourire. Celui qui voulait dire « tu es avec moi, je te crois ».

Ce jour là, en rasant mes cheveux j’ai décidé de quelque chose dans toute cette merde qui arrivait. J’ai fait un choix. J’étais actrice, plus seulement spectatrice. Je ne me laissais pas happer par ce putain de cancer.

On a dit que je voulais me faire remarquer, que c’était pas utile, qu’Andréa n’avait pas besoin de ça. On m’a regardée, dévisagée. On s’est demandé si j’étais malade, punk, junkie, lesbienne. J’ai fait attention aux autres tout en m’en foutant royalement de ce qu’ils pensaient. J’essayais simplement de déchiffrer leurs pensées dans leurs yeux.

Les pauvres, ils pouvaient pas savoir le tsunami de ma vie. Eux leur souci c’était leur pain bio, les courses à faire le soir, la facture à payer, leur peine de cœur, leur enfant qui écoute pas.

On m’a aussi dit que j’étais belle. Et courageuse. Mais non, je n’étais pas courageuse. Parce que malgré ce qu’on dise, j’avais pas le choix. Si je voulais qu’Andréa soit forte il fallait que je le sois. Et pour pouvoir être forte il fallait que je décide, je suis comme ça. J’ai donc fait la seule chose que je pouvais faire … j’ai rasé.

Publié dans: LAM

3 réflexions sur “J’ai rasé

  1. Manoumi dit :

    Tu m’as émue aux larmes. J’imagine tellement cette traversée du couloir et ce choix à la fois évident (une maman éclaire le chemin) et en même temps qui a du générer tellement de commentaires… Tu es une survivante, comme ta puce.

    Aimé par 1 personne

  2. Sandrine REMBUR dit :

    Quel courage d’avoir affronté ces regards et autres … Quelle récompense de voir le sourire de votre petite puce, votre guerrière.
    Je vous suis depuis quelques temps, je me revois quelques années en arrière ou pour d’autres raisons, il m’a fallu affronté le regard des autres et surtout leurs commentaires.
    Alors je suis de tout cœur avec vous, je pense souvent à vous;
    bises
    Sandrine

    Aimé par 1 personne

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