J’apprends doucement qu’on ne peut pas tout contrôler. Malheureusement pour moi. Et c’est si difficile de l’accepter.

C’est si facile de contrôler chaque instant de sa vie, de la plus simple action quotidienne au projet le plus fou. Ne rien laisser au hasard, s’occuper de tout, repasser derrière les autres, ne pas coopérer pour faire à sa façon. C’est despotique. C’est fatiguant aussi, pour les autres, et pour soi. Mais tellement simple.

Contrôler des dizaines de fois qu’on a bien son passeport et ses billets d’avion quand on part en voyage. Contrôler que les couverts sont bien pointes vers le haut dans le lave-vaisselle. Contrôler que la porte est fermée à clé. Contrôler le budget. Contrôler l’avancée de ses missions professionnelles pour répondre aux objectifs. Contrôler son poids, tout faire pour qu’il descende.

Ne jamais déléguer. Avoir du mal à faire confiance. Avoir les épaules larges, du coup.

Tout ça ne peut pas être éternel. J’ai appris qu’il est nécessaire de laisser aller certaines choses, savoir demander de l’aide, faire confiance. Et même se laisser porter.

Carpe diem.

Je n’ai jamais aimé cette expression. Comment ne pas se soucier du lendemain ? Comment peut-on vivre aujourd’hui sans prévoir demain, dans 6 mois, dans 2 ans ? Comment ne pas prendre ses responsabilités sous prétexte qu’il faille profiter de la vie ? Comment imaginer une vie sans projet ?

Les projets, c’est mon mode de fonctionnement. Je suis boulimique. De prévoir. D’organiser. Je prévois quoi manger pour la semaine. J’ai des listes de choses à faire, à acheter, à lire. Par ordre de priorité. Je ne conçois pas ma vie sans avoir quelque chose sous le coude à construire. Une carrière. Un appartement. Une famille. Une séparation. Un autre appartement. Une nouvelle relation.

Mais quand la maladie te tombe dessus, que tu passes d’organisatrice despotique à accompagnante en chambre stérile, le contrôle en prend un coup. J’ai cherché les procédures écrites quand je suis arrivée à l’hôpital. J’ai pas compris qu’on dise juste les choses à l’oral. Pour moi il fallait un schéma. Des explications. Quelque chose de contrôlé, vérifié, validé. Un seul référent.

J’ai été projetée dans un monde inconnu, dans lequel je ne contrôlais rien. Hormis ma présence. Ma vie est devenue ce monde, ce monde est devenu ma vie. J’ai perdu le contrôle. On me l’a volé.

Aujourd’hui il faudrait commencer à reprendre une vie normale. En ayant appris. Comment avoir une demi-mesure là où on était dans l’excès ? Comment faire des projets viables en sachant pertinemment que tout peut basculer ? Comment ne pas se laisser happer par cette pensée

« tout peut basculer » ?

Au contraire, comment faire confiance alors que chaque fait et geste est mesuré au quotidien pour éviter les virus et bactéries ? Comment évaluer les risques sans projeter le pire ?

J’suis perdue les gars. J’ai fait un reset de mon comportement et je dois apprendre à le réapprivoiser. J’suis la même, mais plus pareille.

2 Replies to “Contrôle”

  1. Salut, on ne se connaît pas mais merci pour tes écrits. Tu traduis ce qui est ds ma tête.
    Mon fils a été greffé 2 semaines après ta fille.
    Je trouve ça extrêmement difficile d’être à nouveau dans la vie « normale », comme si plus rien n’avait de sens
    On va espérer que ça s’améliore avec le temps n est ce pas?
    Bisous

    Aimé par 1 personne

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