Au petit bonheur

Ce soir, tu t’es endormie dans la voiture, 10 minutes avant d’arriver. J’ai mis ton sac à dos, j’ai pris mon sac à main, un sac de provisions de ma maman et mon ordinateur, et je t’ai portée tout contre moi. J’adore ça. Sentir tes 13 kg contre mon ventre et ma poitrine, ta joue toute douce dans le creux de mon cou, tes petits cheveux chatouillant mon menton. Ce que j’aime encore plus, c’est sentir ta respiration paisible. Te porter en enlevant tes chaussures et glisser mes doigts sur la plante de tes pieds si doux. Te poser sur ton lit et t’entendre souffler de sommeil. De ça, pendant 10 mois à l’hôpital, j’en ai rêvé.

Ce soir, à 3 ans et presque 10 mois tu as mangé pour la première fois de ta vie un cornet de glace au chocolat. Ca a l’air de rien dit comme ça, mais t’étais tellement heureuse. C’est comme si on t’avait offert la lune. Je savais pas moi, qu’on pouvait rire aux éclats pour une glace.

Ce matin t’as pu profiter de l’ombre des grands arbres d’un joli parc. Tu as pu aller au kiosque « toute seule ». Ce soir encore, je t’ai laissé gérer les escaliers chez mamie seule. Bien sûr que t’es pas tombée. Tu le sais toi, que tu tombes pas.

Hier, t’étais triste. Triste parce que j’ai eu de la visite quelques minutes et que du coup j’étais pas juste pour toi. Et t’as pleuré, parce que j’ai pas cédé, parce que j’ai fait ma vie quelques minutes. Mais t’as compris.

Mais tu sais, je sais pas vraiment comment faire moi. Avant t’étais un bébé, tu te promenais pas seule, même pas loin. Les escaliers c’était encore dangereux. T’avais pas l’âge de vraiment jouer seule dans ta chambre. A 2 ans, on est souvent collé à sa maman. Et maintenant t’as presque 4 ans. On a fait pause pendant 1 an et demi, et faudrait reprendre la vie. Comment tu quittes un cours d’eau, comment t’avances dans des sables mouvants, et comment tu retournes au cours d’eau comme si de rien n’était ?

Tu sais, moi j’ai peur. Que tu tombes, que tu te blesses, qu’on te fasse du mal, que tu chopes une maladie, que tu crois que je suis pas disponible pour toi. Tu sais, j’ai déjà pas envie que tu rechutes encore une fois, alors autre chose … Je préfère prévenir que guérir. Mais tu sais, je veux te laisser grandir. Juste pas trop vite. J’ai peur que t’aies plus besoin de moi, mais j’ai aussi peur que t’aies trop besoin de moi. Je sais que t’as plein de questions dans ta petite tête de grande. T’inquiète, j’en ai aussi plein.

Et j’ai pas les réponses.

 

8 réflexions sur “Au petit bonheur

  1. minnederrien dit :

    Et si tu lui expliquais tout ça ? Avec des mots simples qu’elle puisse complètement intégrer. Tu peux lui dire que tu avais un bébé malade et enfermé et qu’aujourd’hui tu vis avec elle, une grande fille de presque quatre ans et que si c’est difficile pour elle parfois, ça l’est aussi pour toi.

    Andréa paraît si mure pour son âge, parce que je l’ai vécu avec d’autres enfants, je sais que l’hôpital fait mûrir les petits bien trop vite.

    Tu as été dans une forme de renoncement de toi durant tout ce temps de son hospitalisation alors c’est totalement légitime que tu aies envie de vivre, envie de joie et d’amis.

    Et c’est bien que tu n’aies pas cédé puisqu’elle semble avoir compris.

    Que c’est difficile quand-même, pour vous deux…

    Des câlins sur vos cœurs les magnifiques !

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    • aa_lici_aa dit :

      Oh oui je lui explique … j’explique tout, tout le temps, peut être trop. Mais entre comprendre et accepter, il y a un (grand) pas. Parfois il y a juste beaucoup de sentiments qui s’entrechoquent (:
      Merci pour ton commentaire 🙏🏻

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  2. Florine dit :

    Déjà que c’est dur d’être maman sans l’an parenthèse alors quand en plus on a vécu ça forcément que ça chamboule tous les repères.
    En fait il faut tout réapprendre, et toi et elle.
    Déjà manger une glace c’est une très bon repère ça tu as géré…!
    Elle a grandi c’est sur, tu as changé c’est certain, mais vous êtes tjs vous et votre lien même s’il a été tout tortillé par cet hôpital il va doucement se remettre, et tu feras confiance, et elle s’adoucira.
    Tu fais bien. Et tout ça c’est tout normal.

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  3. Nanou dit :

    Je n’arrive même pas à trouver un truc sensé à te dire ! Je pense sincèrement que tu es dans l’amour, la bienveillance et la positivité… on ne peut pas faire comme si rien n’avait été après avoir traversé une telle épreuve (pour vous deux) mais vous donnez l’impression d’avancer main dans la main et c’est ça le principal !

    Aimé par 1 personne

  4. Nanou dit :

    Je n’arrive même pas à trouver un truc sensé à te dire ! Je pense sincèrement que tu es dans l’amour, la bienveillance et la positivité… on ne peut pas faire comme si rien n’avait été après avoir traversé une telle épreuve (pour vous deux) mais vous donnez l’impression d’avancer main dans la main et c’est ça le principal !

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  5. Emmanuelle dit :

    Quand mon fils est rentré de l’hôpital (à 6 mois, suite cardiopathie etc…je te passe les détails…) tout me monde me disait : tout va bien il est rentré !!! Bref..il avait une sonde, 14 seringues de médoc…il a fait une petite déprime, ne connaissait pas son environnement, ni les gens qui l’entourraient.. ce n’est pas tout à fait pareil, ils n’ont pas le même âge…mais j’avais les mêmes peurs que toi..(maladies…) et puis la vie te pousse, et les enfants aussi, la volonté de faire tout seul et tu te dis : à ben oui, en fait ça va…je radotte mais le temps fera son travail petit à petit, et tu verras c’est elle qui va te rassurer…!! 💖

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  6. AREN dit :

    On ne se connait mais je te « suis » sur instagram et je lis ton blog. je suis toujours touchée, émue par ce que tu partages, tu arrives à trouver les mots pour nous partager tes emotions et ca c’est juste merveilleux!je commente rarement mais vraiment tu as une superbe petite famille, une fille superbe et tout ca c’est grace à votre force!Bravo et respect 😁

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  7. theatypicalsblog dit :

    J’étais beaucoup plus grande que ta fille (11 ans) mais j’étais encore une enfant et comme vous, j’ai connu ce moment post-traitement. C’est comme un gros vide qui n’est comparable à aucune autre existence de gens qui ne sont pas passés par là. Il y a plein d’interrogations. Il faut réapprendre la vie et les liens. Ce qui m’a manqué et m’a poursuivi, c’est la compréhension des gens, l’accueil de mes sentiments. On me disait sans cesse: « de quoi tu te plains? tu t’en sors…alors que d’autres » Peut-être, mais ce que j’ai vécu m’a transformée et je ne grandis pas comme vous (en plus, j’avais un stress post-traumatique dont je ne savais rien)…Bref, ce que je veux dire c’est que c’est super que tu communiques avec ta fille et que tu accueilles ses sentiments, sensations, désarrois et il est vraiment important que tu fasses de même pour toi. Il doit y avoir de la place pour tout et surtout, pas de culpabilité.

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